France

Notre première étape du Chemin : La voie du Puy

Le 23 mai 2016, nous nous sommes aventurés sur le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette décision a été prise lorsque notre voyage en Nouvelle-Zélande touchait à sa fin. De plus, Rémy avait déjà fait cette aventure en vélo avec son père en 2009. Il m’avait énormément parlé de cette expérience et souhaitait renouveler ce périple avec moi. Pour être honnête, je ne comprenais pas ce profond enthousiasme qu’il pouvait avoir juste pour quelques kilomètres de parcourus en quelques semaines. Mais ça, c’était avant ! Le Chemin de Compostelle nous a énormément apporté et c’est à mon tour d’être aussi enthousiaste avec mes proches lorsque j’évoque nos souvenirs pour ce voyage.

Nous ne nous sommes pas vraiment préparés physiquement. Notre condition s’est améliorée pendant nos 6 mois en Nouvelle-Zélande à travers les différentes randonnées. Notre préparation s’est portée sur le matériel. Quel type de sac à dos ? Quelles affaires emporter ? Beaucoup de réflexions pour partir en toute sérénité. Nous avons écrit un article à ce sujet.

Nous avons décidé de parcourir la Via Podiensis, c’est à dire du Puy-en-Velay dans la Haute-Loire jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port dans le Pays-Basque. Puis d’emprunter le Chemin Navarre et terminer par le Camino Frances qui relie Saint-Jean-Pied-De-Port au Cap Finisterre en Espagne. Pour nous, c’était symbolique de faire LE chemin emprunté par l’Évêque il y a plus d’un millénaire, en une seule fois. Comme nous ne voulions pas avoir trop chaud en Espagne, nous avons choisi de partir le 23 mai en se disant que la météo allait être clémente.

Nous sommes partis le dimanche matin en train. Dans notre wagon, nous apercevons des futurs pèlerins. Coquille Saint-Jacques accrochée au sac à dos, tenue de randonnée. Ce n’est pas leur première expérience. Nous sommes impatients d’arrivés et de commencer notre pèlerinage. Malheureusement nous avons fait nos premiers pas dans la ville sous la pluie ! Mais l’accueil que l’on a reçu à notre première auberge nous a réchauffé. Nous nous retrouvons avec d’autres personnes qui, comme nous, feront leur première étape demain. Il est encore difficile de réaliser où nous sommes et de se définir comme pèlerin ! Mais nous prenons vite nos repères : préparation du lit, des affaires, lecture de notre guide pour identifier notre étape et notre hébergement du lendemain. Les bénévoles qui s’occupent de cette association nous invitent à un pot d’accueil. La première chose que l’on remarque, c’est que nous sommes le seul couple jeune ! Nos voisins pèlerins nous prennent sous leurs ailes, notamment Chantal et Joël. Ils sont si enthousiastes à l’idée de savoir que nous voulons faire le Chemin en entier et en une seule fois. Ils sont admiratifs car beaucoup de personnes font le Chemin en plusieurs fois. Ensuite, ils nous expliquent leurs parcours et nous donnent certains conseils. Les gens avec qui l’on parle sont si optimistes et heureux. Un des bénévoles a réussi à nous convaincre d’aller à la bénédiction des pèlerins à la messe du lendemain. Après un bon petit-déjeuner accompagné du chant traditionnel des pèlerins, nous sommes partis pour la messe. Il est vrai que ce fut un moment impressionnant et magique dans cette somptueuse cathédrale. Et surtout, c’est là que nous réalisons que nous sommes pèlerins et que le Chemin commence réellement à cet instant précis!

Nous effectuons nos premiers pas en tant que pèlerins. Nous suivons la foule qui se dessine devant nous, nous nous dirigeons tous vers la même destination, mais sûrement avec des buts différents. Nous sommes partis pour 34 jours de marche (jusqu’à la frontière espagnole) avec une moyenne de 25 kilomètres par jour. Nous avons décidé de nous laisser guider par notre livre en suivant le découpage des étapes proposé. Nous marchons sans trop savoir ce que le Chemin pourrait nous apporter. On se laisse guider par nos pas et l’on se retrouve seuls face à nous-même.

Les deux premières étapes étaient assez difficiles. D’une part, la météo était médiocre : pluie, grêle, vent et parfois un peu de soleil. D’autre part, le terrain était assez complexe. C’est à ce moment là que mon genou et ma cheville gauche ont commencé à me faire mal. Mais je ne pensais pas que ces douleurs allaient empirer et durer tout le long du périple…

Au fil des jours, les étapes se passent très bien. Nous nous échauffons bien les matins avant de partir et une fois la marche terminée nous effectuons quelques exercices d’étirement. Le rythme s’est très vite installé. Nous prenions notre petit-déjeuner à la boulangerie : croissants et pains au chocolat, accompagnés d’un jus de fruit. On en profitait pour acheter une baguette avec du pâté ou fromage pour le repas du midi. Et souvent nous achetions un paquet de pâtes pour le dîner. La plus part du temps, nous dormions dans les gîtes communaux. Les dortoirs étaient assez petits, les douches propres et la cuisine bien équipée. Nos repas étaient accompagnés des pèlerins rencontrés sur le chemin au cours de la journée. Nous partagions nos repas dans la joie et la bonne humeur. Ces moments étaient très conviviaux et intéressants.

De jour en jour, nous étions émerveillés par tous ces paysages qui s’offraient à nous. Nous étions en train de découvrir notre pays à travers le Chemin de Compostelle. Nous aimions bien partir de bonne heure car on avait de longues heures de marche. Cela nous permettait aussi d’apercevoir des animaux sauvages. D’ailleurs, saviez-vous que le chevreuil savait nager ? Nous avons vu toutes sortes d’animaux! Lorsque nous étions sur le plateau de l’Aubrac, à marcher dans les enclos des vaches, nous avions dû franchir une barrière où se trouvait devant celle-ci un taureau vraiment très imposant. Il était planté là, à nous regarder et à nous barrer le chemin. Nous étions amusés de voir cela, la femelle et les petits étaient plus en haut au loin. Donc aucun risque, on le contourne en laissant une distance appropriée et on ouvre la porte. Aucune perte, ouf !

Malheureusement, nous avons connu de nombreux jours de pluie. Nous avons passé plus de la moitié du chemin sous l’eau ! Nous avons notamment eu un moment très difficile lorsqu’il y a eu 6 jours consécutifs de pluie. Les chemins étaient boueux et glissants. Par moment, il était impossible d’éviter les marres de boue. Il était difficile de marcher des heures avec cette météo. Nous avions froid et par moment on ne voyait rien car il pleuvait trop fort. Les gîtes étaient en rupture de journaux (pratique pour enlever l’humidité) donc il était impossible de faire sécher les chaussures. Les chaussettes avaient du mal à sécher, donc tous les matins nous prenions le chemin avec ces dernières complètement humides voire mouillées. Nous avons connu une baisse de moral et c’est à ce moment là que nous avons eu nos seules ampoules. Nous marchions dans la douleur et la souffrance. Mais c’était hors de question pour nous de prendre des raccourcis ou de prendre la route afin d’éviter les chemins boueux. Une fois, nous avions dû passer par la route car le chemin en forêt était très dangereux et impraticable en l’état. Mais c’était la seule fois, on se répétait sans cesse qu’on était des pèlerins coûte que coûte, donc on suivait le vrai GR. Nous nous sommes serrés les coudes à travers cet épisode morose, cela a renforcé notre caractère et une grande solidarité est apparue entre pèlerins.

Les kilomètres à notre actif défilaient mais on ne réalisait pas trop tout le chemin déjà parcouru. Par moment, on se retournait et on regardait au loin en se disant : « tu te rends compte de ce que l’on fait ? ». Sur le Chemin, on oublie tout, c’est comme si on était déconnecté et cela fait un bien fou ! On se laisse guider par nos envies, il n’y a pas de dates, d’heures ou de programmes à respecter. Bien sûr, tous les jours il y avait le même rituel, mais nous étions à chaque fois à un endroit différent donc cela ne nous dérangeait pas.

Nous avons beaucoup aimé le Chemin pour ses rencontres, son partage et ses dialogues. Et l’esprit de celui-ci, nous l’avons fortement ressenti à travers les bénévoles des associations chrétiennes. Il y avait un vrai accueil, ils prenaient vraiment soin des pèlerins. Leurs démarches étaient sincères et cela faisait du bien.

Faire le Chemin de Compostelle n’est pas facile. C’est un vrai dépassement de soi à marcher tous les jours de nombreux kilomètres. Nous avions pensé à arrêter le chemin, à abandonner. Lors d’une étape, il nous était impossible de marcher, d’avancer. Chaque pas nous faisait mal, je ne pus retenir mes larmes et mes cris. Rémy arrivait à se retenir mais péniblement. L’arrivée était encore loin, il faisait très chaud et le chemin se faisait de plus en plus difficile. Les douleurs à la cheville et au genou se sont diffusées sur l’autre genou, le dos, les hanches… Rémy avait de nombreuses ampoules et des débuts de tendinites. Une fois arrivés au gîte, nous étions abattus, le regard dans le vide. Nous sommes restés sans dire un mot pendant un long moment. Nos seules phrases étaient : « Pourquoi je fais subir ça à mon corps ? Je ne peux plus continuer, je n’ai plus la force d’avancer ». Nos compagnons de chambre avaient arrêtés le chemin la veille suite à des douleurs aux ménisques et à des tendinites. La nuit fut douloureuse, impossible de dormir à cause des douleurs. Les puissants antalgiques ne faisaient pas effet. Toute la nuit je me suis dit que je devais arrêter ici l’expérience car mon corps était à bout. Je devais prendre conscience des signaux qu’il m’envoyait et je devais donc me résigner. Mais c’était inconcevable pour moi, je vais au bout des choses et je ne lâche rien. J’essayais de garder le moral car ce n’est pas moi qui avait décidé d’arrêter, mais mon corps. Malheureusement, le lendemain matin, impossible de mettre les pieds à terre et de marcher sans souffrir ! J’ai mis de la crème antalgique appropriée, mes chaussures de marche et je me suis levée, décidée à continuer coûte que coûte le Chemin. Je ne peux pas vous expliquer comment cela est possible, mais j’ai réussi à faire l’étape sans trop de soucis ! Avec toutes ces douleurs, nous avions décidé de marcher moins de kilomètres ce jour-là et les suivants. Et cela a été bénéfique car pendant 4 jours nous avions marché que entre 10 et 15 kilomètres, cela a permit à notre corps de se reposer et d’atténuer les douleurs. Bien sûr, les douleurs ne nous ont jamais vraiment quittées, mais notre mental nous a aidé à les surmonter.

Nous avions rencontré une autre difficulté à travers ces jours de marche. On aurait dit que certains pèlerins étaient en compétition. Certaines personnes se comparer sans cesse. Ils voulaient à chaque fois connaître le poids du sac, le nombre de kilomètres que l’on faisait chaque jour. Un matin, au lieu d’avoir un bonjour en retour, nous avions eu : « Mais vous êtes partis à quelle heure ? Nous sommes partis en premier, ce n’est pas possible que vous soyez déjà là ! ». Ces personnes nous ont répété des phrases du même genre pendant 7 jours consécutifs. Notre dernière semaine fut difficile par rapport à ces personnes rencontrées, ainsi qu’à l’accumulation de nombreux jours sous la pluie, les douleurs et la fatigue.

En France, malgré les difficultés de cette dernière semaine, faire le Chemin est juste formidable. Nous avons fait de très belles rencontres, qui nous ont toutes apportées quelque chose. Nous avions une vraie relation sociale, chose qui nous manquait à tous les deux. Nous étions tous égaux, quelque soit nos métiers, nos origines, nos parcours. Chaque discussion était une réelle réflexion. Nous avons eu de nombreux moments de partages, parfois cela durait seulement 5 minutes et parfois quelques jours. Les gens disaient qu’on les avaient beaucoup marqué par notre âge, notre volonté de faire le Chemin en une seule fois et par notre parcours. Je ne m’attendais pas à tant de chaleur humaine, de positivité. L’un des plus beaux cadeaux lors de cette partie française, a été lorsque certains pèlerins nous disaient qu’on avait les yeux qui pétillaient, que cela se voyait qu’on aimait la vie, qu’on était amoureux et heureux ensemble. Ces mots là revenaient souvent accompagnés d’un « en plus vous avez la chance de faire ça ensemble, et de le vouloir au même moment ».

Nous sommes arrivés à Sain-Jean-Pied-de-Port le 24 juin, sous la pluie. L’arrivée fut émouvante lorsque nous avions franchit la porte des pèlerins. Les larmes roulaient sur nos joues, nous avions réussit la première partie ! Quelle fierté ! Mais, il faut avouer que nous nous sommes posés la question suivante : « Pouvons-nous continuer jusqu’en Espagne ? » En effet, nos douleurs étaient de plus en plus fortes et il était vraiment difficile de marcher. On se disait alors qu’on pourrait aller au moins après le Col de Ronceveaux ou bien faire le chemin en Espagne l’année d’après. Mais non, tout le long du Chemin nous avions traversé toutes sortes d’épreuves et celles-ci nous ont appris que nous étions capables de tout si on le souhaitait vraiment. Alors nous avions décidé de continuer, de persévérer et nous n’avons pas du tout regretter notre choix.

Nous nous sommes dirigés vers notre gîte pour la nuit et à côté de nous était installée une famille espagnole. Nous ne savions pas alors que ces pèlerins allaient éblouir notre Chemin en Espagne. Nous ne savions pas alors que le reste de cette aventure allait être gravé en nous à jamais.

08 septembre 2016
Photo de Maud
À propos de l'auteur : Maud

« Liberté, nature et dépassement de soi, sont les maîtres mots qui me définissent. À travers nos voyages, la citation "Il faut vivre ses rêves et non rêver sa vie" prend alors tout son sens. »

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