Nouvelle-Zélande

L’ascension du mont Taranaki

 

Selon la légende maori, Taranaki et Tongariro étaient amoureux de la déesse Pihanga. Taranaki ayant fait des avances à Pihanga, Tongariro devint fou de colère secouant la Terre et brisant le sommet de Taranaki en deux falaises. Ce dernier décida de quitter la région pour s’endormir proche de l’océan, où la rivière Whanganui a été créée par ses larmes.

Le 14 novembre, il y a 5 mois jour pour jour, nous arrivions en Nouvelle-Zélande sans vraiment savoir ce qui nous attendait, mais avec l’envie de faire des randonnées dans ce pays où la nature nous offre un terrain de jeu immense et diversifié. Il y a 4 mois, le 14 décembre, jour de mes 30 ans, nous réalisions notre première randonnée de plusieurs jours en montant notamment au mont Tongariro. Le 14 mars dernier, il y a tout juste un mois, nous atteignions le sommet de Avalanche Peak après avoir randonné sur un dénivelé de plus de 1100m. Aujourd’hui, nous sommes le 14 avril et nous allons gravir le mont volcanique Taranaki dont le sommet culmine à 2518m au-dessus du niveau de la mer. Ce volcan représente le paysage naturel le plus symétrique au Monde. En effet, la forêt qui l’entoure forme un cercle parfait. Il est également au bord de l’océan sur une côte en forme de demi-cercle. Ce paysage à couper le souffle nous accompagnera tout le long de cette randonnée.

Après s’être habillés en seulement quelques secondes, la température extérieure à 5h30 du matin étant sous la barre des 0°C, nous prenons un bon petit-déjeuner et remplissons nos poches à eau avant de rejoindre le départ de notre randonnée. Nous commençons dans un premier temps à avancer à la lampe frontale, puis le soleil commence à pointer le bout de son nez. Spectacle majestueux et symbolique, le soleil se lève exactement où nous étions 4 mois plus tôt, au Tongariro, en faisant apparaître sa silhouette enveloppée d’un orange chaud.

Le soleil se lève au Tongariro.
Le soleil se lève au Tongariro

Le chemin grimpe sans discontinuer pendant près de 1h30 en serpentant une piste assez large au milieu de la forêt avant d’atteindre un refuge. À partir d’ici, le paysage et le terrain changent complètement. Place maintenant à un chemin étroit et rocheux, parsemé de stalactites de glace et de verdure d’une couleur magnifique. Le sommet du Taranaki est parfaitement découvert et nous attire sans cesse à lui. Il est pourtant très rare de pouvoir observer ce mont sans aucun nuage pendant toute une journée. Un peu plus loin, des escaliers ont été mis en place. Je ne suis pas particulièrement enjoué par cet aménagement qui dénature la randonnée et râle un peu, mais il ne dure que quelques instants. En effet, quelques centaines de marches plus loin, il n’y a plus d’escaliers. Le terrain nu et sauvage est à présent sous nos pieds. Tellement sauvage que ce sont des milliards de petits cailloux qui recouvrent de quelques centimètres la pente abrupte de plus de 40% qui nous fait face. Il est extrêmement difficile d’avancer ici sans glisser. Il nous faut souvent poser les mains au sol pour pouvoir avancer. À cet instant, je me dis que, finalement, les escaliers qui dénaturent la randonnée ce n’est peut-être pas si désagréable! On avance malgré tout, sur ce terrain qui nous fait déjà cauchemarder pour le retour qui s’annonce périlleux.

Un terrain très difficile à pratiquer.
Un terrain très difficile à pratiquer

Un certain temps après cet épisode, nous atteignons la terre ferme et stable du volcan, les graviers laissant place à la coulée de lave sous forme de roche. Cette randonnée étant une Route, il n’y a aucun chemin à suivre, des poteaux sont placés un peu partout, c’est à nous de choisir par où l’on souhaite passer. Aucun tracé. Aucun escalier. Il faut grimper sur les rochers pour atteindre le haut du mont. Bien évidement, il n’y a plus aucune verdure aux alentours, nous nous rapprochons de plus en plus du sommet du volcan et de son cratère. Une partie du terrain était tellement raide que j’ai sorti mon iPhone pour mesurer le degré d’inclinaison : 80°! Ok, c’est de l’escalade à cet endroit…

Il faut choisir son chemin sur la roche abrupte.
Il faut choisir son chemin sur la roche abrupte

On grimpe pendant près d’une heure sans voir le bout, puis, enfin, le terrain se ressert sérieusement par la droite et une falaise apparait à quelques centimètres de nos pieds, nous arrivons au cratère. Le cœur du cratère est recouvert de glace toute l’année. Il n’est pas question de marcher dessus, la glace étant parfaitement glissante et dangereuse. Nous le contournons pour atteindre l’autre falaise du cratère, plus haute que celle où nous nous trouvions. Aucun poteau nous indique l’itinéraire. Les derniers étaient au niveau de la glace dans le cœur du cratère. La randonnée se termine donc officiellement ici, mais nous souhaitons rejoindre le point le plus haut de Taranaki! Après quelques hésitations, nous empruntons un chemin qui nous paraît être le moins difficile. La roche volcanique est tellement légère que même les gros rochers glissent sous nos pieds et ne retiennent que très peu le poids de nos corps. Il n’est pas aisé d’avancer mais nous parvenons enfin au sommet où une vue à 360° nous coupe le souffle. Les larmes montent. La beauté du paysage nous laisse sans voix. Le mont Taranaki surplombe toute la région. D’ici, nous pouvons voir l’Île du Sud et le mont Tongariro au centre de l’île du Nord. La mer de Tasman est en demi-cercle. Le ciel est bleu sans aucun nuage. La forêt qui entoure le volcan est d’un vert foncé. Les champs de culture qui encerclent la forêt sont d’un vert vif. Les couleurs sont tout simplement magnifiques. Au sommet, la température est de -8°C à 9h du matin. Avec le vent présent, la température ressentie était nettement inférieure.

Au sommet du mont Taranaki, avec une vue imprenable sur la région.
Au sommet du mont Taranaki, avec une vue imprenable sur la région

Après avoir contemplé le paysage pendant plus de 1h, nous prenons la direction du retour. Finalement, il y avait un chemin plus simple pour rejoindre le cratère, mais nous ne pouvions pas le voir depuis notre point de vue. La descente est plus simple et plus rapide. La roche ferme après la falaise ne se descend pas non plus exactement par le même endroit. Mais devant nous se trouve le lieu redouté par tout les randonneurs croisés : les graviers. Les monter n’a pas été chose facile, c’était périlleux et fatiguant. La descente fut tout simplement cauchemardesque et dangereuse. Impossible de poser le pied sans glisser sur plusieurs centimètres, voire mètres. On décide de s’éloigner un maximum du passage conseillé par les poteaux, trop fréquentés pas les randonneurs, pour passer par un passage nettement plus brut et donc recouvert d’un peu plus de cailloux. Les pieds peuvent plus facilement s’y enfoncer, et nous ne glissons que sur quelques centimètres, ce qui nous permet de nous maintenir plus ou moins sur nos jambes. Je pense que nous avons mis plus de temps à descendre qu’à monter cette partie pourtant très penchée.

Les escaliers! Enfin! Aaah que nous sommes heureux de les voir! Le terrain précédent était certes très compliqué, et tout le monde s’accordait à dire qu’il était extrêmement dangereux, mais il fait partie de cette randonnée, et sans lui, elle ne serait pas aussi belle. Quelle plaisir et fierté d’avoir réussi à gravir ce volcan, et de l’avoir descendu ensuite malgré des terrains souvent éprouvants. C’est l’une des randonnées qui nous aura le plus marqué. Tant par sa beauté et ses paysages variés que par sa technicité. C’est la première fois que nous faisons une randonnée avec plus de 1570m de dénivelé pour atteindre un sommet aussi haut, de 2518m. Nous avons bouclé la randonnée en 8h20.

Le lendemain, quelques nuages sont dans le ciel, mais le soleil est au beau fixe. Nous décidons d’en profiter pour faire une petite balade de 2h aller pour atteindre un lac de montagne connu pour laisser refléter le mont Taranaki par temps calme. Arrivés au départ de la randonnée, un panneau nous indique que le refuge qui précède le lac se trouve à 2h30. Bon, finalement ce sera peut-être pas une si petite balade. Et en effet! Ce n’est pas tant le temps que nous avons mis pour atteindre notre but, car nous y étions en 2h comme prévu, mais bien le terrain jamais vu jusqu’à présent. Du début à la fin, il n’y a que des marches! Pour être plus précis, nous avons monté 3780 marches au milieu de la forêt, soit plus de 2 fois la Tour Eiffel (1665 marches)!

Une infime partie des 3780 marches formant cet escalier interminable.
Une infime partie des 3780 marches formant cet escalier interminable

Et il a fallu évidemment les redescendre! Jamais nous n’avions vu un chemin aménagé de la sorte. Les mollets et articulations s’en souviennent encore… Mais la vue depuis ce petit lac est magique. L’effort paye! Toutes les meilleures choses se méritent! Nous sommes restés ici près de 1h30 à contempler le mont que nous avions grimpé la veille. Qu’est-ce qu’il est beau!

Le mont Taranaki se reflétant dans le Pouakai tarn.
Le mont Taranaki se reflétant dans le Pouakai tarn
16 avril 2016
Photo de Rémy
À propos de l'auteur : Rémy

« Passionné par la découverte de nouvelles choses, les grands espaces et la randonnée! C'est à l'autre bout du Monde, en Nouvelle-Zélande, que j'ai souhaité commencer à vivre de nouvelles aventures. Puis rapidement, d'autres aventures se sont suivies. »

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